Jeudi 23 juillet 2009
Administratrice générale de la Comédie-Française, Muriel Mayette, en édito du site de la célèbre institution, nous livre ce très beau texte, fort et puissant sur l'utilité du théâtre dans notre monde actuel. En forme de coup de coeur, je vous laisse le découvrir :







"Une petite place dans le chaos".


"Depuis ma nomination à la tête de la Comédie- Française en août 2006, mes équipes et moi-même n’avons cessé de reposer la question : mais à quoi donc « jouons-nous », à quoi sommes-nous utiles ? Quelle place nous est encore désignée, accordée, ou quelle place nous est légitime dans le chaos capricieux des désastres intimes, des désordres du monde, de la catastrophe écologique ou financière ? À quelles missions consacrons-nous les moyens qui nous sont donnés ? Pour ce qui me concerne, il s’agit d’ériger sur nos plateaux des représentations du monde, de le travestir, de le dénoncer, de l’interroger, de l’idéaliser en connaissance de cause. Nous jouons à convoquer ses monstres, ses héros, ses naufragés, Héraclès, Harpagon et Père Ubu, le loup d’un conte et l’affairiste Isidore Lechat... Souvent, en commun, ils ont le sens du sacrifice ; ce dévouement qui les pousse au mieux à s’extraire eux-mêmes du monde, au pire à sacrifier l’un des leurs au profit de ce qu’ils nomment le bien social. De Molière à Dario Fo, les écrivains de théâtre tendent un miroir à des salles entières, pour que chacun s’interroge sur sa propre place dans la société. Quelle est la place des uns dans le monde des autres ? J’oserais dire qu’il s’agit pour nous de transcender tant que faire se peut le réel, de recourir aux mots, aux paroles, aux langues réinventées des poètes pour construire ensemble ce que l’on est tenté d’appeler les ébauches de la beauté. À la Comédie- Française, avec nos cinquante-sept comédiens, nos quatre cents salariés et nos vingt-deux métiers, nous jouons à tenter d’atteindre le sublime, par l’excellence du répertoire, par le talent des créateurs d’esthétiques nouvelles, par nos artisans, par nos artistes. Nous sommes des clowns responsables, des bouffons graves et nécessaires, des passeurs. Ici comme ailleurs, à la marge du monde dont nous restons des citoyens lucides, nous travaillons à le représenter, à mettre en voix, en corps et en scène ses figures abjectes ou merveilleuses. C’est là peut-être que nous pourrons en comprendre les réels méandres, les pièges ; que nous pourrons en déjouer les tentations. Nous forgeons des miroirs pour nous comprendre mieux, et pour apprivoiser nos assassins. Dans Le Songe de Strindberg, un ange plaint les hommes : « ils sont si nombreux et ils sont si seuls », dit-il. L’ange ne déplore pas qu’ils soient « si nombreux », il déplore de les voir « si seuls ». Travaillons, toujours et ensemble, à décourager les tyrans domestiques comme les criminels d’envergure, les monstres de conséquence. Le monde et ses chaos valent bien quelques miroirs pour se regarder en face, pour que chacun y trouve sa place".

Par sophie gasol-affre
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Lundi 20 juillet 2009
Amorosa Soledad

de Martin Carranza et Victoria Galardi.

Sortie le 8 juillet 2009.

Comédie dramatique, romance.

Avec Inés Efron, Nicolas Pauls, Fabian Vena.

 

Premier fim discret de deux jeunes réalisateurs, cette comédie romantique s'inscrit avec bonheur dans la vague de renouveau du cinéma argentin. Une friandise délicate et subtile à consommer sans modération.

 

Soledad est seule, la main sur le coeur, en proie à des crises de larmes. Le symptôme est bien connu : son petit ami vient de la quitter. Ne sachant à quel saint se vouer, elle continue son travail de décoratrice d'intérieure bon an mal an et jure qu'on ne l'y reprendra plus de sitôt : elle veut rester seule pendant 2 ou 3 ans !

 

Mais la vie n'est pas aussi rigide qu'elle le voudrait : entre deux prises de tension pour calmer son hypocondrie, elle se laisse séduire par Nicolas, un trentenaire architecte prévenant.

 

Distribué dans une dizaine de salles en France seulement, ce tout petit film d'auteur est un bijou de délicatesse et de subtilité illuminé par la grâce de la jeune Inés Efron.

 

Bijou de réalisation d'abord : dans une atmosphère dépouillée, on sait gré à Martin Carranza et Victoria Galardi de ne pas avoir surchargé le film d'une phrase ou d'une seule image en trop. Parvenir à un tel point d'équilibre, que l'on retrouve dans la simplicité touchante des dialogues, est à ce point rare qu'il mérite d'être souligné. Plus que dans les péripéties scénaristiques ou les joutes verbeuses dont les comédies romantiques se font souvent une spécialité, le film laisse toute leur place aux personnages et avant tout à celui de Soledad. Des moments de désarroi au lâcher-prise amoureux en passant par le temps de la séduction, on se laisse emporter par un personnage hypersensible particulièrement attendrissant.

 

En effet, entre ses réflexes hypocondriaques et une sensibilité à fleur de peau, tout prend des dimensions disproportionnées chez Soledad. Servi par le regard tendre et ironique des réalisateurs, ses excès nous font souvent sourire comme lorsqu'elle est submergée parce que ses toilettes se bouchent, parce que Nicolas les a réparées sans la prévenir, parce qu'elle ressent une douleur musculaire de l'épaule jusqu'au bras qui pourrait au moins cacher un infarctus à venir...

 

Nouvelle égérie du cinéma argentin que l'on a pu découvrir dans XXY ou La Femme sans tête, Inés Efron est la merveilleuse interprète de notre jeune amoureuse angoissée. A travers ses tourments existentiels, elle compose, avec une infinie palette d'émotions, une jeune femme singulière et délicate et montre toute la richessse de son talent, à l'avenir prometteur.

 

En bref, un film comme une friandise délicate et subtile à consommer sans modération.

 

 

Amorosa Soledad

de Martin Carranza et Victoria Galardi.

Sortie le 8 juillet 2009.

Avec Inés Efron, Nicolas Pauls, Fabian Vena, Monica Gonzaga, Ricardo Darin.

Durée : 1h 16.

Par sophie gasol-affre - Publié dans : Cinéma argentin
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Lundi 13 juillet 2009
Du 11 juillet au 19 juillet 2009

Festival de jazz.

Juan-les-Pins.


A Juan-les-Pins, ça va jazzer toute la semaine : de Roy Hargrove à Stanley Clarke en passant par Keith Jarrett, les plus grandes pointures internationales vont faire trembler la pinède !

 

Cette année, «Jazz à Juan», à la veille de fêter son 50ème anniversaire, a choisi de rester à l’écoute de cette "perpétuelle renaissance, en accueillant une fois encore des artistes qui, tous, témoignent de l’extraordinaire vitalité de cette musique qu'est le jazz" (selon les mots des organisateurs).

 

Le programme cette année est, en effet, alléchant ! Sous la célèbre pinède Gould vont se succéder de grosses pointures telles que : Roy Hargrove accompagné de MC Solaar, Stanley Clarke, Marcus Miller, Victor Wooten, Keith Jarrett ... mais aussi de plus jeunes talents comme Jamie Cullum, Joss Stone ou Alice Russell. De belles vibrations en perspective !

 

Pour tous ceux qui ne pourront pas y être, les ondes jazzy de TSF vous en offrent un écho : TSF Jazz vous fait vivre le festival Jazz à Juan, tous les soirs de cette semaine, avec Sébastien Vidal, Jean-Charles Doukhan et Etienne Gérémia. Bonne écoute où que vous soyez !

 

Je terminerai par ces mots de Boris Vian dont on fête les 50 ans de la disparition cette année : "Sans le jazz, la vie serait une erreur". Et toc.

 

Du 11 au 19 juillet

Jazz à Juan

Juan-les-Pins.

 

Renseignements :

Office de Tourisme et des Congrès d'Antibes-Juan-les-Pins
11, place De Gaulle
BP 37
06601 Antibes Cedex
tel : +33 (0)4.97.23.11.11.
fax : +33 (0)4.97.23.11.12.

Le site du festival : www.jazzajuan.com

N.B  Notez que dans ma très grande bonté, je vous ai épargné les jeux de mots ratés du journaliste, du type : "aujourd'hui, ces merveilleux musiciens vont mettre le feu à la pinède"...  Ce blog est protégé contre tous dérapages verbaux, surfez sans crainte !
Par sophie gasol-affre - Publié dans : Jazz
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Dimanche 12 juillet 2009
Un rêve de conquête.


Parce que vous pensiez vous contenter de "Transformers 2" cet été ? Teup, teup, teup... Prenez un grand bol d'air frais avec ce magnifique périple transatlantique.
  

L'un s'appelle Shad, l'autre Otho. Ils sont Ivoiriens et veulent conquérir l'Europe, des rêves de "guerriers" plein la tête. L'Espagne semble leur ouvrir les bras mais, pour Otho, arrêté par la police, l'affaire tourne court. Il rentre au pays, le visage plein de honte et Shad continue seul l'aventure. Pour l'un comme pour l'autre, c'est alors une autre histoire qui commence, chacun d'un côté de l'Atlantique...

 

 A travers ces parcours croisés, Eliane de Latour nous pose de profondes questions morales : comment fuir la pauvreté sans perdre son intégrité ? quel est le sens de la réussite ? Pour qui, pour quoi ? Sans jamais prendre parti, le film nous donne à voir ce double destin, celui de deux « frères », deux compagnons d'armes, qui ont pris des routes opposées : l'un prêt à braver le code d'honneur de sa famille pour garder son intégrité et rester un « guerrier », l'autre prêt à tout pour épouser celle qui l'aime et rentrer en héros.

 

Autant vous le dire sans tarder : ce film est une véritable réjouissance, un bol d'air frais dans le paysage cinématographique formaté de l'été. Distribué dans seulement 15 salles, il mérite, à plus d'un titre, qu'on s'y arrête.

 

L'un des talents d'Eliane de Latour (et ils sont nombreux), c'est de traiter d'un sujet grave sans jamais se départir de la gaieté et du rire : tous ces visages ivoiriens nous réservent des facéties verbales franches, drôles et crues, qui font l'un des pures délices du film. Comme lorsque Otho rétorque à sa soeur, en découvrant sa perruque blonde : " tu penses qu'on peut être Marylin en haut et Carl Lewis en bas et que ça peut passer ?".

 Le film a un autre mérite et non des moindres quand on s'intéresse aux imaginaires africains, trop souvent stéréotypés : c'est la richesse de son regard. Très loin de tout manichéisme, Eliane de Latour, anthropologue de formation, nous dit la difficulté de choisir dans un spectre d'intérêts parfois contradictoires, entre honneur, mère-patrie et liberté.


Côté interprétation, si le jeu de notre joyeuse bande ivoirienne est parfois approximatif (Pélagie particulièrement au début), il nous offre de beaux moments de franchise. La talentueuse Marie-Josée Croze est, quant à elle, tout simplement magistrale dans son rôle d'homosexuelle prête à tout pour aider Shad. Dans le rôle du père, Kad Merad, dans le business capillaire à Château-rouge, est savoureux. Tout comme Lucien Jean-Baptiste, alias Tétanos, compagnon d'infortune peu scrupuleux .

 

En bref, un film rafraîchissant qui ouvre les perspectives au-delà de l'Atlantique. Après l'Océan !

 

Sophie Gasol.

 

Actuellement dans toutes les bonnes salles de cinéma.

 

Sorti le 8 juillet 2009.

Réalisé par Eliane de Latour. Avec Fraser James, Marie-Josée Croze, Djédjé Apali, Sara Martins, Lucien Jean-Baptiste, Kad Merad, Malik Zidi.

Durée : 1h 48.

Par sophie gasol-affre - Publié dans : Cinéma français
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Dimanche 12 juillet 2009
Message interne à mes chers lecteurs : pour votre plus grand plaisir (et le mien), vous pourrez, à compter de lundi, continuer à suivre mes tribulations textuelles sur le site Artistik Rezo. Je vous y attends nombreux !
Par sophie gasol-affre
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  • : Le blog de Sophie Gasol-Affre.
  • : 17/05/2009
  • : Cinéma Arts Philosophie Jazz Culture
  • : Posture(s), regard(s)... Que nous disent les cinéastes sur le monde qui nous entoure ? Sur eux-mêmes, sur leur culture ? Dans ce blog, libre exercice de style sur le cinéma d'hier à aujourd'hui. Comme le cinéma se nourrit de toute autre chose, vous trouverez aussi mes réactions, portraits de tout autre artiste ! A bientôt !
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